
… est faire un pas énorme vers le Karaté Traditionnel.
En Chine, la femme bien née se devait d’avoir des pieds minuscules, en forme de nos petits chaussons aux pommes, rendant la marche difficile et indiquant à tous qu’elle appartenait à une caste qui avait d’autres occupations que le travail. On obtenait ce demi-pied par des bandages serrés dès l’enfance, orteils et phalangettes tordus sous la plante des pieds. Affreux. Il paraît que cela était très érotique. À chacun ses fantasmes.
Et nous connaissons tous le conte Cendrillon, perdant à minuit son tout petit chausson, récupéré par l’inévitable Prince Charmant, avec qui elle sera heureuse et aura beaucoup d’enfants lorsqu’il l’aura enfin retrouvée.
Ce que l’on sait moins, c’est que Cendrillon est un conte message “à tiroirs” de la Tradition... chinoise, repris pour les enfants par Perrault, mais en respectant les messages de la Tradition qui est universelle.
Or, il est arrivé avec ce chausson ce qui est arrivé à notre karaté. Ce qui est arrivé aussi dans les traductions de la Bible (faisant naître Eve d’une côte d’Adam alors que c’était “le côté” d’Adam. Faute sans doute d’expérience personnelle, Dieu les avait conçus collés dos à dos, ce qui n’était pas pratique pour peupler la terre, aussi dans l’Ancien Testament original se dit-il: “Ça ne va pas”, et il sortit Eve d’Adam). C’est arrivé dans d’autres textes sacrés, traduits, et dans d’autres domaines également: un total malentendu par suite d’homonymie (même prononciation mais sens différents).
Par exemple, la quasi totalité des enfants comprennent que le chausson de Cendrillon est en “verre”. Walt Disney ne les a pas contredit, ce qui est étrange car c’était un initié qui avait à cœur de transmettre des messages non déformés. Dans le Cendrillon chinois et dans celui de Perrault ce chausson est en “vair”, c’est-à-dire en fourrure gris-bleu-ardoisé, très fine, venant d’un écureuil de Sibérie. Ceci a une toute autre signification symbolique.
En japonais où les homonymies sont nombreuses, il y a une vingtaine de kara à signification différente (coquille, bronze, rouge sombre, arabesque, sec, race, salé, col, hors de). Deux nous concernent plus particulièrement: le kara qui signifie Chine ou Cathay, bout du monde, et le kara qui signifie vide, vacant. Il en est de même pour te et il y a une quarantaine de ko, (kobudo ne signifie pas les petits budo mais les budo antiques, classiques, du passé glorieux).
Bien sûr, les Chinois et les Japonais ne font pas plus d’erreur avec kara-Chine et kara-vide que nous avec verre, vers, vert, vair. Mais les promoteurs japonais du karaté-vide, ont joué sur la confusion pour développer en Occident une adaptation sportive du karaté-Chine, qui a pris comme une mayonnaise bien tournée.
J’ai remarqué que mon ami Tokitsu, dans son article Ma transformation des katas classiques (dans Karaté-bushido n° 152), avait eu l’honnêteté de dire que le karaté-sport moderne avait peu à voir avec le karaté authentique traditionnel et était surtout semblable aux exercices militaires d’Occident (Tokitsu a dit “français”, mais il y eut plus d’inspirations de l’armée allemande que française). Il le dit avec la courtoisie japonaise, en demi-teinte, mais très clairement. Je ne suis pas certain que les lecteurs se soient rendus compte de ce que pouvait représenter cette honnêteté (rare) pour un Japonais. Il fallait un esprit très élevé pour accepter une opprobre éventuelle de ses compatriotes experts en Europe. Je profite de cette parenthèse pour rappeler que tout ce qui est supposé “historique” est toujours basé, sauf les dates, sur ce qu’ont écrit les contemporains de l’Histoire en question. Et il suffit de voir les divergences pour comprendre que toute l’Histoire est à prendre au conditionnel. Les contemporains ont naturellement tendance à déformer les vérités déplaisantes, surtout lorsqu’ils sont xénophobes, et c’est le cas pour le karaté. Se baser uniquement sur des textes édulcorés ou détournés mène à une Histoire approximative. Il faut (lorsque cela est encore possible) avoir des conversations intimes avec de très vieux maîtres... devenus sincères après quelques bières bien alcoolisées. Et même ainsi on en reste à des hypothèses, de plus en plus proches de la vérité, mais jamais objectives. C’est pourquoi la tâche d’un historien est si passionnante. À nous maintenant d’y voir clair, de ne pas confondre les canards des oies et des cygnes, trois espèces différentes que les enfants appellent tous “canards”. De pratiquer le karaté-sport en tant qu’une des formes de boxe pieds-poings, intéressante et excellente pour “se défoncer” dans l’idée dite au Japon de hitotsuki-hitogeri (“remporter la victoire avec un seul coup de poing ou de pied”), sans le confondre avec le karaté martial traditionnel.
Et surtout y voir clair afin de pouvoir entrer en karaté martial traditionnel jusqu’à la fin de sa vie... lorsque l’âge du rituel sera passé (vingt-cinq/trente ans, comme la plupart des sports); de ne pas se bloquer, car il y a un réel danger de blocages; ni d’avaler la cuillère avec la confiture du karaté-sport amusant (sport, je le rappelle, vient de desport: amusement, distraction, délassement)
Réfléchissons. Ce n’est pas sans raison s’il existe quinze formes de karaté ayant donné naissance à plus de 700 styles dans le monde. À propos, si vous pratiquez un art ne se nommant pas karaté, ne vous vexez pas, chaque fois que vous lirez karaté comprenez “main chinoise” ou votre propre style. Fondamentalement il y a peu de différence. On verra ces Formes et ces Styles dans une prochaine chronique.
Le conseil technique du mois pour éviter les effets pervers du karaté-sport : on ne répétera jamais trop que les techniques et les postures que l’on pratique à l’entraînement fondamental (kihon), notamment en Shotokan, sont tout à fait correctes sur le plan karaté-traditionnel. C’est dans l’application que commence le problème. On les oublie, se relève, sautille, on ne bloque plus énergiquement ni n’esquive, le cou devient bloqué, les hanches et la colonne vertébrale également, on ne pense plus qu’à attaquer au corps du poing ou du pied.
Autrement dit, il y a une dichotomie dangereuse, une division entre ce que l’on apprend et ce que l’on fait. On sépare nettement et l’on oppose ce qui est transmis avec ce que l’on fait. Ce qui peut mener à une forme de schizophrénie, une psychose dans laquelle il y a ambivalence des pensées et des sentiments, une perte de contact avec la réalité. C’est la raison pour laquelle il y a tant d’abandons lorsque la vitalité de jeunesse ne permet plus des résultats faciles.
Sauf si votre objectif est de participer à des championnats, et si vous ne vous souciez pas de “plus dure sera la chute”, efforcez-vous d’appliquer en assauts (kumité) les techniques de blocages du kihon, et les postures très basses du kihon.
Et cela même si elles vous semblent douloureuses, inconfortables. Elles deviendront aisées, sûres et confortables par la suite (en cinq à dix ans), pour le reste de votre vie. En particulier lorsque l’âge ne vous permettra plus de faire du karaté-boxe sautillant (ce sont les jambes qui faiblissent les premières, descendre très bas les entretient). Alors, à l’âge où les gens normaux marchent difficilement, vous pourrez combattre droit en posture haute, mais avec un intérieur d’acier et vous pourrez à tout moment redescendre très bas. Ce qui est presque impossible si vous avez pris l’habitude, jeune, de rester en posture haute.
LA PENSEE DU MOIS :
“Dites aux hommes ordinaires ce qu’ils veulent entendre.”
SUN TSU (Repris par Lénine pour la désinformation).
Même si les professeurs nous donnent des bases de travail qui, il y a moins d'un demi‑siècle, étaient encore des secrets (on l'oublie toujours lorsque l'on accuse les instructeurs de ne pas “ donner ” l'enseignement que l'on espère), c'est insuffisant.
Il nous reste à “ redécouvrir ” ce qui nous a été enseigné. Vous avez dû tous constater que “ savoir ” une chose, savoir comment la faire, ne signifiait absolument pas que vous pouviez la faire. Il faut réellement la découvrir à nouveau, la sentir pour l'exécuter comme il le faut et au bon “ timing ” (moment précis, il n'y a pas de correspondance en français aussi claire et aussi concise, proche de l'onomatopée).
Il nous reste aussi ce qui ne peut être enseigné... ou qui est volontairement caché. Vous seriez scandalisé si je vous le prouvais. Mais n'oubliez pas que les “ Arts de la Main ” viennent de Chine (après l'Inde) et qu'il a toujours été traditionnel de laisser le pratiquant redécouvrir l'Art vrai... quand on ne va pas jusqu'à lui tendre des pièges, d'enseigner l'inverse (comme c'est le cas dans certains katas qui deviennent merveilleusement applicables exécutés à l'envers, en reculant au lieu d'avancer). N'oubliez pas que l'on dit populairement “ faire des chinoiseries... ”.
Quand même rassurez‑vous. Ce qui vous est enseigné est bon et même trop bon. Faire le Kihon en avançant, pour prendre un seul exemple, est du Karaté martial, l'idéal, mais la finalité. Pour bloquer en avançant il faut être arrivé au stade de l'anticipation, celui où l'on tend à “ coller ” à l'adversaire, celui où il faut déjà avoir atteint un certain niveau d'Eveil. Inutile de vous dire que cela ne se fait pas du jour au lendemain. Comme on cache les exercices menant à cette anticipation et que, par conséquent, on ne peut les appliquer en combat... et que les Extrêmes-Orientaux ont fait la bêtise de favoriser les catégories de poids pour remporter des titres, parce qu'en règle générale ils sont moins grands et moins longs (les bras et les jambes des Asiatiques sont moins longs que ceux des Occidentaux, qui les ont moins longs que les Africains)... les Occidentaux les ont squeezés, en championnats, en limitant les règles permettant un style sautillant inspiré de la boxe. Style totalement nul en combat martial de survie. Résultat, l'Occident remporte la majorité des titres, le “ Karaté sport ” se développe... mais on est de plus en plus éloigné du vrai “ Karaté martial ”... qu'en Extrême‑Orient on continue à pratiquer en le cachant aux Occidentaux... et avec la jubilation de voir ces derniers s'éloigner de plus en plus de la “ Vérité ”. Vous en doutez ? Bon, d'accord, c'est votre droit et votre problème. Mais je vous l'aurai dit.
Si l'on est convaincu qu'il faut aller plus loin et plus haut que le Karaté sport qui est enseigné, il nous faut par conséquent chercher (tout seul !) ce que l'on ne connaît pas et ce que l'on ne nous révèlera pas. Et cela pas seulement dans le domaine des Arts Martiaux. Des messages sont lancés partout dans les médias et la littérature, mais allez donc faire le tri entre les supercheries et la réalité sur des sujets que l'on ne connaît pas.
Dans cette Chronique nous allons donc parler de la difficulté, sinon de l'impossibilité totale pour certains (car, comme pour les accidents, cela n'arrive qu'aux autres, bien entendu, et l'on ne se sent pas personnellement concerné ... ), d'imaginer sans erreur grossière ce que l'on ne connaît pas.
Comme un ordinateur, on ne peut que comparer avec ce que l'on connaît et en faire une approche très incomplète, en général inexacte, quand elle n'est pas franchement ridicule. En plus, “ banalement ” on est conditionné pour prendre comme argent comptant tout ce que l'on nous dit, le doute ne nous effleure que rarement, et plus rarement encore recherche‑t‑on ce qui aurait pu nous être dissimulé, en sondant par exemple ce que cela donnerait si l'on inversait les choses (selon le principe alchimique que s'il y a un dessus il y a un dessous et que s'il y a un + il doit y avoir forcément un ‑ ... ce qui a conduit les scientifiques à rechercher l'antimatière et les trous noirs).
Pour concrétiser cette remarque, dans une chronique ancienne, je vous avais raconté l'Histoire de Tradition “ L'Eléphant dans le noir ”, où 5 aveugles délégués pour savoir ce qu'était un éléphant (inconnu sur cette île) étaient revenus en affirmant savoir ce qu'était “ réellement ” un éléphant, et le comparaient à un tronc de cocotier, un serpent à corne, une raie, un chasse‑mouche, une barrique, selon ce qu'ils avaient “ touché ”, patte, trompe et défense, oreille, queue, ventre.
Dans une autre Chronique je vous avais dit que j'avais découpé la représentation d'une peinture religieuse du Moyen Age, où un moine avait dessiné un éléphant d'après des descriptions “ précises ” de voyageurs... et où l'on aboutissait à une sorte de gros cochon‑sanglier, avec de courtes pattes tordues, fourchues, des petites défenses inversées, et une courte trompe marrante. Puisqu'en Europe il n'y a aucun animal avec trompe, le moine isolé dans son monastère n'avait pu imaginer qu'un éléphant puisse avoir une très longue trompe, avec laquelle il pouvait enrouler des objets et “ souffler ” de l'eau. Et pourtant, Hannibal avait franchi les Pyrénées et les Alpes avec des éléphants, il est vrai que c'était en 218 avant J.‑C. Tout à fait la fameuse histoire de tradition où une petite grenouille, née au fond d'un puits et qui n'en est jamais sortie, prétend enseigner à ses congénères ce qu'est le “ monde extérieur ” (on est tous un peu cette grenouille quelque part lorsque l'on parle de ce que l'on n'a pas vécu, senti, redécouvert).
Je me demande: si des hommes de Neandertal (bras courts, et roux, parait il) ou de Cro‑Magnon (nous, qui vécurent quelques siècles à côté des derniers néandertaliens et les exterminèrent, ou les mangèrent, ou tout simplement fusionnèrent avec eux en s'accouplant) revenaient, s'ils ne se tordraient pas de rire en voyant nos interprétations de ce que l'on suppose qu'ils étaient (en chair car on a les os)...
Si l'on admet la difficulté d'imaginer l'inconnu, l'impossibilité serait plus juste, on comprend que l'on ne peut avoir qu'une idée erronée de ce qu'étaient les Arts Martiaux authentiques du Moyen-Age japonais et chinois.
Et il est normal qu'on les ait modifiés selon notre propre vision “ moderne ”, comme le moine isolé dans son monastère ou la petite grenouille dans son puits.
Pourquoi on ferme la main.
A titre d'exemple, revenons sur la question du poing, bien plus importante que vous ne pouvez l'imaginer car elle est un des “ Pièges de la Voie ” dont j'ai parlé dans une précédente Chronique.
En Arts de la Main, en ce qui concerne le poing, on le ferme systématiquement de nos jours par suite de l'influence de la boxe, qui n'existe telle qu'on la connaît que depuis les années 1850. Des combats de boxe à poings nus durèrent à cette époque plusieurs heures.
La boxe étant inconnue en Extrême-Orient, il était extrêmement rare qu'on ferme lamain dans lepassé où cela était considéré alors, à juste titre, à la fois comme perte d'efficacité, perte de temps, perte d'allonge et perte d'esprit martial.
On me dira que dans la Grèce Antique une forme de boxe existait, le Pugilat. Avec le Pancrace (du Karaté “ total ” où l'on pouvait frapper du pied et de la main, projeter, luxer, étrangler !), et la course de chars, c'était même le régal des spectateurs. Mais on a la preuve que la main fermée était si peu efficace qu'aux Jeux Olympiques antiques on autorisait de l'entourer de bandes de cuir... avec des pointes de bronze (ceste). Et des combats durèrent quand même plusieurs heures. Cela fait réfléchir ? Eh bien, non.
Non seulement la main fermée n'est pas aussi efficace qu'on se plait à l'imaginer, mais fermer la main provoque des effets mentaux pervers : on tombe dans le rituel (une région particulière du cerveau, en survie c'est une autre partie du cerveau qui est active). Lorsque vous êtes en colère (un rituel) faites l'expérience de vous forcer à bien ouvrir vos mains, étendez vos doigts ... votre colère tombera immédiatement ... ou les choses tourneront au combat réel, martial. Plus souvent, à moins d'être perturbés mentalement (ça arrive), ceux qui vous font face sentiront que “ ça va mal finir ”, exactement comme si vous aviez sorti un couteau. Et il y a de fortes chances pour que les choses tournent court. Je l'ai déjà constaté.
En effet, lorsque l'on ferme la main, on devient “ bêtement ” agressif‑rituel‑animal, on “ frappe ” pour “ lui mettre la tête au carré ” (rituel de domination) mais on n'agit pas “ martialement ” telqu'on lefait pour mettre immédiatement hors de combat un “ prédateur ” (survie) qui veut notre peau.
Si l'on serre le poing, notre main n'étant plus une “ pique ” (Tsuki signifie “ piquer ”, en estoc, et non pas “ frapper ” comme on le croit souvent) elle devient une sorte de massue perdant toute “ dangerosité ”. Car, comme pour tout autre animal, sauf rares exceptions, il existe en nous une censure mentale qui interdit formellement de tuer son semblable. Lorsqu'il y a combat entre deux animaux de la même espèce, c'est toujours un rituel de sélection ou de domination, et s'il y a mort c'est par pur accident. Je vous l'accorde, l'animal “ pensant ” que nous sommes déraille parfois, mais c'est l'exception. Exception qu'il ne faut pas négliger, d'où l'importance de pouvoir sortir du rituel pour passer en “ survie ” s'il le faut.
Bien sûr, on peut serrer les poings et s'en servir, pour “ se faire respecter ” (le rituel !), d'homme à homme (“ sors sit'es un homme ! ”), ou pour “ jouer ” (un “ sport ” de combat, encore du rituel), mais il faut que ce soit clair et bien comprendre (une fois pour toutes ?) que si on ferme la main, pour former un poing, ce n'est pas pour rendre la main plus dangereuse mais bien au contraire pour qu'elle soit moins dangereuse, tout comme on mouchette (on met une petite boule) la pointe des épées d'entraînement pour qu'elles ne soient plus dangereuses.
Qu'on ferme la main en compétition, même avec des protections de main, pour éviter les accidents, cela peut se comprendre, mais pourquoi le systématiser au dojo, y compris dans les katas dits “ antiques ”, “ authentiques ”, “ traditionnels ” etc., alors que les poings y étaient rarement fermés (d'ailleurs il reste de nombreuses techniques main ouverte dans les katas)
Pour votre information je vous signale que tous les grands maîtres, sans exception, ne ferment que rarement les poings, dans les kumités et dans les katas, là où nous les fermons systématiquement, comme on nous l'a enseigné (perfidement ?). Ce fut le Maître Itosu qui le décida en premier vers les années 1900 pour éviter les accidents. On le sait peu parce qu'ils ne le font pas dans les démonstrations publiques, mais qui vous empêche d'en faire autant hors du dojo... comme ils le font.
Le conseil du mois :
Je pense inutile de vous dire de ne plus “ juger ” personne. D'autant que ces “ jugements ” ne peuvent pas vous permettre d'ajuster votre “ échelle de valeurs ”... en qualités.
Si vous jugez, faites‑le avec prudence, avec un petit doute sur votre capacité de juger juste. Etes‑vous capable de ne pas vous laisser abuser par des “ tours ” de cartes ou autres prestidigitations ? Non, bien sûr. Donc vos jugements sont pour le moins incertains, subjectifs. Bien sûr, lorsque vous êtes dérouté par une manipulation d'un “ magicien ”, à la fin vous vous dites “ Y'a un truc ”... mais vous vous étiez laissé abuser, non pas par le “ magicien ” mais par votre “ logique ”. C'est d'ailleurs là‑dessus que compte le “ magicien ” pour vous abuser, et croyez‑moi il y a une certaine jubilation à constater combien l'homme normal se laisse piéger. Il y a des championnats entre “ magiciens ” et tout le jeu consiste à déjouer les “ trucs ”. Dans l'ensemble un “ magicien ” est capable de déjouer le truc d'un autre “ magicien ”, mais pas toujours. J'en parle en connaissance de cause car l'un de mes élèves fidèles est Champion du Monde en manipulations (J.‑J. Sanvert). C'est dire combien vous devez être prudent avec vos jugements.
Le silence intérieur demande un haut niveau d'évolution. Faut pas y rêver pour le moment. Mon conseil sera d'être assez vigilant pour remarquer les moments où vous ne pourrez vous empêcher de porter un jugement sur une chose ou sur une personne. Cette prise de conscience, toute simple, fera évoluer en vous quelque chose qui n'a rien à voir avec la morale ou l'intelligence. Une sorte de “ rappel ” sur “ tiens, je viens de porter un jugement ! ”. Sans plus.
Vous verrez combien il est difficile de se rendre compte que l'on porte un jugement. C'est ça (entre autres) le fameux “ sommeil ” dont on parle. Ou, pour être plus raisonnable, une sorte de “ somnolence ”, un état où l'on est même pas conscient de ce que l'on fait ou pense, comme si nous avions totalement raison, comme si nous étions le “ Maître du Monde ”, le Dictateur à l'abri de tout (d'ailleurs il est question de “ L'Ego Dictateur ”).
LA PENSÉE DU MOIS :
“ Pour être en mesure de recevoir un enseignement, il faut admettre que l'on ne sait pas tout. ”
(Lie‑Tseu)
Dans le même esprit, de Confucius : “ Plus on apprend, plus on voit que l'on ignore beaucoup de choses ”, et
“Celui qui aime à apprendre est bien près de savoir ”.
Ce n'est qu'après avoir vu, connu, senti “ tâté ” le sujet de notre recherche que l'on est capable de savoir “ La Vérité ” sur ce que l'on ne connaissait pas. Autrement dit, tant que l'on n'a pas trouvé, on cherche sans savoir exactement ce que l'on cherche, et on le fait parce que l'on nous a dit que l'objet de notre recherche existait.
C'est très démoralisant mais c'est comme ça. Il ne peut en être autrement.
C'est ainsi que, comme si l'on savait parfaitement de quoi il s'agit, nous parlons du “ Monde intérieur ”, de la “ Liberté intérieure ”, de la “ Paix intérieure ”, de la “ Sagesse ”, de la “ Sérénité ”, de la “ Béatitude ”, du “ Vide ”, du “ Bonheur ”, de “ L'Amour ”, du “ Do ”, de “ l'Eveil ” ou, pour être plus proche des Arts Martiaux, de la “ Concentration ”, de “ L'Efficacité ”, et même des “ Grades ” ou des “ Maîtres ”.
Notez que je mets tout cela avec des majuscules pour signifier clairement que ces mots sortent des mots ordinaires, comme en religion on dit Seigneur pour le différencier du seigneur ordinaire. C'est une des qualités de la langue française qui n'existe pratiquement pas dans les autres langues et dont j'abuse volontiers.
Sur la difficulté de juger les grades et les maîtres.
Autre exemple, au travers de l'échelle de valeur qu'il s'est créée et avec son niveau de conscience, chacun de nous s'est fait une idée préconçue (et dans pré‑con‑çu il n'y a pas que pré et conçu) sur les grades des Arts Martiaux, des dan, des niveaux traditionnels, Renshi, Kyoshi, Hanshi, ou sur ce qu'on estimait que devait être un “ Maître ”.
Vu, en ce qui concerne “ Le Maître ”, que nous sommes bien loin d'en être un, il est normal que lorsque l'on en trouve un... on soit déçu. Et que l'on ne retrouve pas l'idéal utopique que l'on avait rêvé. Ce qui fait que l'on passe, en règle générale, à côté de la chance de sa vie. A supposer que ce vrai Maître nous ait accepté comme “ Disciple ”. Un disciple étant celui que le Maître reconnaît comme un vrai Maître en puissance, un vrai Disciple est donc aussi rare que le vrai Maître.
Il en est de même des “ Sensei ”. Lorsqu'un lecteur m'écrit pour se dire déçu par son professeur... je ne vous dis pas le savon que je lui passe (au lecteur, pas au Sensei, bien sûr). Je rappelle toujours qu'il n'y a plus de Sensei fantaisistes. Bien sûr, certains ont leurs points de vue, et c'est normal, mais on peut parfaitement progresser, maintenant, avec n'importe quel Sensei. Ils montrent dix fois plus de techniques, actuellement, qu'on n'en révélait il y a seulement 50 ans. Les élèves se plaignent décidément que la mariée soit trop belle !
Histoire de sagesse “ Le diamant ”.
Pour vous faire comprendre combien il est délicat, impossible, de juger ce qui est au-dessus de nous, je vais vous conter l'histoire de Sagesse dite “ Le diamant ”.
Il y avait un jeune paysan, un homme “ banal ” et illettré comme il en existait dans le passé où 80 % de la population cultivait la terre.
Un jour ce paysan trouve une pierre étrange qu'il suspecte d'avoir de la valeur. Ses amis se moquent de lui et lui disent de la jeter.
Cependant ce jeune homme avait de l'intuition. Il n'écoute pas ses amis et s'en va demander l'avis de l'Ancien du village.
Le vieil homme, qui a déjà eu l'occasion de voir des diamants bruts, le félicite et lui déclare qu'il s'agit probablement d'un diamant dans sa gangue.
Mais il avoue modestement ne pas être assez expérimenté pour pouvoir en dire plus.
Il conseille donc au jeune paysan d'aller consulter le bijoutier de la petite ville voisine.
Le petit bijoutier confirme qu'il s'agit bien d'un diamant, dégage délicatement ce dernier de sa gangue, mais il déclare ne pas être assez expérimenté pour être en mesure d'en déterminer la pureté, donc pour avoir une idée de la valeur exacte de la découverte,
Il conseille au jeune paysan d'aller demander l'avis du vieux bijoutier de la plus grande ville du département.
Ce vieux bijoutier examine le diamant par transparence, en admire la grosseur, mais il se déclare incapable de donner une valeur exacte faute d'expérience sur des diamants aussi gros.
Il conseille donc au jeune paysan d'aller voir le diamantaire de la capitale.
Ayant une longue expérience, le vieux diamantaire examine longuement avec une loupe la pureté du diamant, sa couleur, ses veines, les possibilités de taille, et donne la valeur exacte compte tenu du cours du marché dans le domaine des diamants.
Toute histoire de Sagesse avant une happy end, le jeune paysan devint très riche, fut heureux et eut beaucoup d'enfants... parce qu'il n'avait pas laissé passer la chance de sa vie.
Cette histoire de Sagesse nous enseigne, entre autres, qu'il est absolument impossible d'apprécier la valeur, la qualité d'une chose que l'on ne connaît pas et qui nous dépasse. Dans notre cas, d'un style, d'une technique, d'un budoka avancé, d'un Maître, si l'on n'est pas un... diamantaire en Arts Martiaux.
Mais nous, bien que confondant une vulgaire pierre avec un diamant dans sa gangue, nous décidons froidement sa valeur. Avouez que ce n'est pas raisonnable. Pour l'anecdote, peut-être savez‑vous que recherchant le passage de l'Atlantique au Pacifique par une passe dans le grand nord américain (cette recherche dura plus de deux siècles), une expédition, financée par la G‑B trouva des pierres avec des paillettes ressemblant à de l'or. Un richissime Anglais, à la vue d'échantillons, ne consulta pas des spécialistes pour conserver la chose secrète et misa toute sa fortune pour financer (vers 1850) une expédition qui rapporta des milliers de tonnes de ces pierres... qui se révélèrent ne pas être du minerai contenant de l'or. Le financier fut ruiné et l'on pava quelques rues de Londres avec ces pierres (que l'on appelle “ L'or du fou ”).
Que peut‑on faire de mieux ? Mieux c'est impossible.
On fait la même erreur pour les Maîtres, les Sages, et les Grades.
C'est normal. Je n'y ai pas échappé à l'époque héroïque du Karaté où j'étais le seul en Europe à m'y intéresser. Mon expérience peut servir d'enseignement. Je me souviens, qu'en tant que pionnier du Karaté (en 1950, mon dojo actuel fut fondé en 1954 et non pas 1956 comme dit le Quid, qui évite de mentionner mon nom mais donne celui de mes élèves), bien que déjà avancé en Judo (4e dan), et 2e dan de Karaté (délivré par le Yoseikan) je n'avais en fait absolument aucune idée de ce que devait être au Japon un 2e dan ou 3e dan Karaté et au-dessus. A cette époque il n'existait que cinq dan en Karaté, la classification en 10 dan sera adoptée vers les années 1960, comme cela avait été fait pour les autres Budo, notamment en Judo, Kendo, Kyudo et en Aïkido.
Très intéressé par le Karaté, et n'ayant pas le temps d'aller en Extrême‑Orient, comme tout Boss j'ai cherché à faire venir des “ Ingénieurs Karaté ”, que l'on appelle à juste titre “ Experts ” (je sais maintenant qu'un “ Maître ” c'est autre chose), plus pour ma progression personnelle que pour enseigner à mon dojo.
Lorsque j'ai fait venir mon premier “ Expert ” (Hiroo Mochizuki, à l'époque 19 ans et 2e dan Shotokan de la JKA, il devint Wado-Ryu par la suite) j'ai été franchement admiratif. Je me suis dit “ Que peut‑on faire de mieux ? Mieux c'est impossible ! ”.
Puis j'ai fait venir (en 1958) mon second “ Expert ” (Tetsuji Murakami, à l'époque 2e dan Shotokan, que l'on avait nommé 3e dan à Shizuoka pour la circonstance, ce que je savais).
Techniquement il était un peu moins “ beau ”, que “ mon ” précédent Expert. Il connaissait moins de katas mais il était très rapide et il avait une pugnacité très kamikaze. Il ne s'avouait jamais battu... même lorsque c'était évident. Je me suis dit “ Bon, c'est ça un 2e dan supérieur, un mental chevillé au corps ”.
Puis on m'a écrit de Los Angeles (en 1959) me proposant d'héberger durant deux semaines un “ Expert ”, 3e dan, Tsutomu Ohshima. A l'époque ce dernier était 3e dan Shotokan pur et dur, et mon correspondant le désignait sous le nom de “ Maître ”.
Les explications de mon troisième “ Expert ” étaient plus fines, plus profondes (notamment sur les déplacements en pureté, sans appels). Il avait du charisme, il connaissait la plupart des katas supérieurs et bien qu'il évita systématiquement les kumités... on n'avait réellement pas envie de le défier. Je me suis dit “ Bon, un 3e dan c'est ça, il n'a pas besoin de prouver son efficacité, sa valeur se sent et ses connaissances sont élevées... mais que peut-on faire de mieux, mieux c'est impossible ! ”. Ensuite j'ai logé Tsutomu Ohshima et son épouse un an, toujours plus pour ma progression personnelle que pour mon dojo et cette opinion se confirma. Si bien que lorsque Ohshima retourna à Los Angeles, où il fut contraint d'ouvrir un autre dojo parce que Nishiyama lui avait piqué ses deux siens, en recevant la visite d'une Ceinture Noire de Los Angeles je n'ai pu m'empêcher de lui poser la question “ Mais lequel des deux est un vrai maître ? ”. Sa réponse ne vous regarde pas et ne vous avancerait pas.
Puis j'ai fait venir mon 4e “ Expert ”, Harada (élève du Maître Egami, Shotokai). Il était 4e dan. Ses techniques étaient Shotokan, plus fluides, mais très énergiques. Ses explications étaient encore plus avancées que celles de mon précédent Expert.
J'ai pratiqué un an avec lui et j'ai été fasciné par l'ajout de la fluidité aux techniques carrées Shotokan, notamment en défenses. Je me suis dit “ C'est ça un 4e dan, puissance dans la fluidité, mais que peut-on faire de mieux ?, s'il n'est pas un Maître alors qu'est donc un Maître ? ”. Puis ‑ passons sur une dizaine d'autres “ Experts ” ‑j'ai fait venir des 5e dan, dont Kase, qui est resté 10 ans chez moi, Shirai, Enoeda, puis des 7e et 10e dan (dont le fabuleux Maître Ogura) et, peu à peu, j'ai compris ce qu'était la qualité en Karaté.
Lorsque j'allais au Japon et en Chine (jamais plus d'un mois, mes affaires commerciales me l'interdisant), introduit dans des milieux non ouverts aux Occidentaux, grâce à Don Draeger, j'ai vu et rencontré des 8e, 9e et 10e dan “ cachés ” (restant dans l'ombre, ce qui se comprend). J'ai alors compris que c'était la “ liberté intérieure ” qui était source d'efficacité réelle. Progressant moi-même, j'ai donc été en mesure de me faire une échelle de valeurs plus exacte en ce qui concerne les dan et les Maîtres. Mais j'ai dû la réajuster petit à petit, et bien que je sois 9e dan, il est probable que je la réajusterai encore... même si je suis intimement convaincu que mon échelle de valeurs actuelle soit la bonne. L'Homme est comme ça. Peut‑il cesser un jour d'être encore prétentieux quelque part ?
Ne pas fantasmer.
Par conséquent, si ce que je viens de vous dire vous a un peu éclairé, évitez (au moins) de fantasmer et de vous laisser aller à “ juger ” vos amis de dojo, votre Sensei, les “ Gradés ”, les “ Maîtres ”.
Vous n'êtes probablement que le jeune paysan de l'Histoire de Sagesse ou la petite grenouille qui n'est jamais sortie de son puits (son style, son dojo). En tout cas soyez plus prudent avec vous-mêmes. Essayez de vous juger vous-même, ce qui est extrêmement difficile, mais ne “ jugez ” personne sur ses défauts, essayez de ne remarquer que ses qualités, ses trouvailles. Même les juges font des erreurs judiciaires... Juger les autres, comme je l'ai déjà dit dans une autre Chronique, c'est se prendre pour “ Dieu ” et c'est franchement ridicule. Faites le, au moins, au conditionnel.
Attention, quand je vous ai dit de ne pas juger, je n'ai pas dit de cesser de juger les autres en paroles. Il est question de ne plus juger dans votre tête. C'est beaucoup plus important.
Comme je l'ai dit dans une des Chroniques passées, il existe environ 400 styles différents d’Arts de la Main ou, si vous préférez, de Boxes chinoises (en gros 350 en Chine et 50 au Japon et aux alentours). Autant dire qu'à peu près toutes les tendances possibles existent (ou ont existé) dans les styles chinois. Ce fut d'ailleurs l'une de mes nombreuses surprises dans ma recherche du Vrai Karaté Martial. Retrouver, en Chine, ce que l'on appelle le Style Shotokan J.K.A ou le Style Shotokai créé par le Maître Egami. A l'époque où je les pratiquais intensément je me suis dis qu'une enquête s'imposait pour que je sache si je m'étais planté dans mon choix et quels pouvaient bien être les autres styles, ce qu'ils recherchaient et pourquoi ces différences.
Enquête sur les styles.
On m'expliqua bien qu'il existait toujours, en Art Martial, trois niveaux qu'à l'époque on me désigna sous les appellations de : l'Art Martial de la Rue (enseignement simplifié et mystifié, accessible pour tous; d'ailleurs ces entraînements de la rue sont souvent montrés dans les reportages sur la Chine), l'Art Martial de Dojo (dans le passé on n'acceptait dans un dojo que ceux qui en paraissaient dignes, après des tests de sélection, des épreuves ou sur recommandation d'un Maître; certains dojos en Extrême‑Orient poursuivent cette tradition et il est quasiment impossible d'assister à ces enseignements), et l'Art Martial secret (où seuls les plus doués physiquement et spirituellement étaient admis à des enseignements confidentiels, tels que ceux que décrit le Maître Funakoshi dans son autobiographie, entraînements se déroulant la nuit et en privé avec son Maître Itosu).
J'avais bien compris ces différences, mais je continuais à me demander pourquoi tous ces styles et ce que l'on pouvait bien y enseigner, puisque chacun se prétendait supérieur aux autres. J'ai donc pensé à utiliser un stratagème.
Le stratagème d'Henry Plée.
J'ai demandé à la Cinémathèque Française (dont un ami connaissait le Président) de me faire une lettre de mission me chargeant de faire une enquête auprès les Maîtres de chaque style et de filmer les entraînements. Puis je me suis rendu au Japon. J'étais professionnellement en contact avec le Maître Tani de Kobe (qui me fournissait en keikogis) et qui était Shito‑Ryu. Il accepta de m'aider dans cette enquête, qui soit dit en passant l'intéressait prodigieusement, et elle fut facilitée parce qu'il était en relation avec Monsieur Sassagawa, un homme d'affaires très influent politiquement (il mit en place, à l'époque, un Premier ministre, et Le Times en parla en désignant Monsieur Sasagawa sous le nom de “Goldfather”, déformation du nom “Godfather” ce qui dans la Mafia correspond au Patron des Patrons, le Parrain), et qui était à l'époque Président de la Fédération de Karaté Universitaire. Par la suite il devint Président de la Fédération de Karaté de tout le Japon (tous styles), puis le Président de la Fédération Mondiale de Karaté (la WUKO). C'est dire que ce fut une enquête sérieuse avec portes ouvertes.
C'est ainsi qu'il me fut possible de rencontrer, d'avoir des entretiens passionnants et d'assister à des entraînements dans les principaux styles japonais Shotokan, Shotokai, Shito‑Ryu, Wado‑Ryu et Goju‑Ryu. Sachant que des entraînements privés existaient, j'ai pu, plusieurs fois, assister à des entraînements secrets en utilisant un autre stratagème. Grâce à l'influence de Monsieur Sassagawa, on accepta plusieurs fois de me rencontrer, avec le Maître Tani, mon traducteur et un délégué de Monsieur Sassakawa, mais en me donnant rendez-vous après l’entraînement privé... et je me suis pointé une heure avant, ce qui m'a permis d'assister à des entraînements tout à fait surprenants. Les Maîtres firent la grimace mais un scandale étant impossible j'ai pu voir un peu ce que l'on voulait me cacher.
A l'époque la Chine Populaire n'acceptait aucun touriste, mais j'ai pu, avec mon ordre de mission, assister également à de nombreux entraînements de Wushu à Taiwan et à Hongkong.
Tout me paraissait à la fois étrange et valable. Je me souviens, notamment, d'un Dojo où un Maître très gros enseignait le Style du Cheval (mouvements de mains rappelant un cheval dressé sur ses pattes arrières et attaquant des pattes avant) et qui maîtrisait à la perfection les Tueshous (poussées et absorptions). Attaqué violemment par ses disciples il abaissait son corps et les repoussait à plusieurs mètres en les projetant en l'air d'une poussée de ses deux mains... en reculant les fesses. Moi, à qui on avait toujours dit qu'il ne fallait jamais reculer les fesses à l'impact, je me suis dit que décidément il n'y rien de faux, toutes les théories sont à nuancer et c'est la preuve que, lorsque l'on nous affirme une chose comme seule valable... il n'est pas sans intérêt de voir si l'inverse ne serait pas également valable !
Ayant été introduit avec cet ordre de mission en main, et étant devenu ami avec certains de ces Maîtres (après pas mal de repas et de soirées très arrosées), au cours des quinze années suivantes je suis retourné les visiter, et aidé par mon ami Draeger il me fut même possible d'être introduit auprès de ceux que l'on appelle les Maîtres de l'Ombre (KageShihan), des Maîtres n'enseignant qu'à quelques disciples et hostiles à tout enseignement public.
C'est ainsi qu'il me fut possible, peu à peu, de passer dans les niveaux supérieurs de l'Art et d'arriver à estimer comme valables tous les styles, qu'ils soient japonais, chinois, okinawaiens, coréens ou malaysiens. Honnêtement, actuellement, il m'est réellement impossible de critiquer ou de juger défavorablement un style de La Main, et je me sens très irrité lorsque l'on méprise un autre style. J'ai de la sympathie pour tous les styles, peut être parce je vois qu'ils abordent tous le même Art, mais par des voies qui leur sont propres et que tous vont vers la même direction. Et, aussi, parce que je sais que ces styles visibles sont du premier niveau.
Les mystères du mot Kung‑Fu
Dans cette Chronique je désirerais que vous sachiez, aussi, ce qu'est le mot “Kung‑Fu” et ce qu'il signifie. Les mots “KungFu” et “Acupuncture” ont été forgés à peu près à la même époque, au XVIIIe siècle, par les Jésuites de la mission française de Pékin. Expliquer comment cela s'est fait est intéressant pour comprendre comment est né le mot “Kung‑Fu” avant qu'il ne devienne improprement synonyme de Boxe chinoise. Fondée par Ignace de Loyola en 1541 (un Basque), la Compagnie chrétienne des Jésuites (organisée de façon militaire) a formé des religieux savants qui ont joué un rôle très important, tant en Europe que dans le reste du monde, en raison de leur haut niveau culturel et scientifique. Bien que Chrétiens papistes, ils étaient très proches de Martin Luther (réformateur, doctrine du salut par la foi seule, excommunié comme hérétique par Léon X en 1521), ce qui explique leurcomportement. Les Jésuites apportèrent beaucoup à la Chine et au Japon, mais furent surtout fascinés par la puissance chinoise et certaines des connaissances de cette dernière dans le domaine de la santé. En Chine, certains Pères Jésuites furent nommés par les Empereurs à des postes très élevés. Par exemple, “Président du Tribunal Mathématique” (Père Verbiest, un Belge), “Grand Astronome chargé de la réforme du calendrier impérial” (Père Schall von Bell, un Allemand), et l'un d'entre eux fut même nommé au plus haut poste de la capitale de l'Empire chinois, Mandarin (haut fonctionnaire) de Pékin, où il séjourna 42 ans, le Père Joseph Marie Amyot, un Français de Toulon. Astronome et écrivain, ll nous intéresse tout particulièrement parce qu'il fut le premier à utiliser, dans un livre de langue française (dont j'ai une photocopie), le nom “Acupuncture” et le nom “Kung‑Fu”. “K'ung‑Fu” désignait dans le livre du Père Amyot les exercices de médicogymnastique taoïste du Docteur Hua Tuo, inspirés (deux siècles avant J.C.) des vitalités de cinq animaux (le Wu Quin Xi) : Tigre, Ours, Cerf, Singe, Grue. Publié en 1792, un an avant la mort de son auteur, le livre du Père Amyot fut traduit dans presque toutes les langues d'Europe. A partir des années 1960 aux USA (et des années 1970 en France) le nom de “Kung‑Fu” s'est imposé pour désigner les styles chinois qui, pour profiter de l'essor du Karaté japonais, commencèrent à être enseignés en Occident, à l'époque post Mao. Notez que le mot “Kung-fu”, n'est pas utilisé en Chine... sauf pour l'exportation. Il a de multiples sens en chinois. Il signifie: 1) Habileté, maîtrise; 2) Exercice parfait, de qualité, sublime; 3) Temps que demande la maîtrise d'un exercice ou d'un travail difficile demandant du talent; 4) L'ensemble des exercices qui permettent d'acquérir une capacité particulière, sortant de l'ordinaire, et qui est bénéfique pour la santé .
Les exercices sublimes.
Sans entrer dans ces quatre nuances du mot, on peut donc dire que “Kung‑Fu” signifie en gros “sublime”. On retrouve d'ailleurs ce nom pour le célèbre K'ung‑Fu‑Tzu, le sublime Tzu, que l'Occident a romanisé en ...Confucius. C'est probablement pour la quatrième signification “exercices sublimes bénéfiques pour la santé et sortant de l'ordinaire, qui fit que le Père Amyot, qui maîtrisait à la perfection les nuances de la langue chinoise, utilisa l'expression “exercices Kung‑Fu (exercices sublimes) pour décrire les étirements de médicogymnastique taoïste du Docteur Hua Tuo. “K'ung‑Fu” (“Gongfu” en transcription Pinyin), un bon siècle après, fut utilisé par la presse occidentale, pour désigner la Boxe chinoise, lors de la célèbre Guerre des Boxeurs de 1900 (révolte des pratiquants de La Main contre les Légations étrangères de Pékin). Dans un exemplaire du Figaro de 1900 (que j'ai, cadeau de Georges Charles) un journaliste y nomme “Kung‑Fu” ce que les Chinois nommaient et nomment encore “Wushu” (Wu=Bu= Martial et Shu=Jutsu=Art, mêmes idéogrammes en japonais et en chinois), ou encore “Guoshu”. (Art National, c'est à dire authentiquement chinois), ou “Quanshu” (Art de la Main), ou “Quanta” (Technique de la Main), ou même “Jiji” (Science du combat à main nue et avec armes). De toutes ces appellations la Chine populaire préfère utiliser actuellement le mot “Wushu” (Art Martial)... sauf pour les touristes occidentaux. Cependant, pour être précis, il faut quand même signaler que dans le dialecte du sud de la Chine (le cantonais) on utilise le terme “Da Gongfu”, qui signifie : s'exercer à l'Art Martial de la Main (ce que certains traduisent improprement, parfois, par : s'exercer à la boxe chinoise, car les mystifications ont la vie dure !). Comme ce sont les Cantonais qui ont le plus émigré en Occident, notamment aux USA, on comprend facilement pourquoi le mot “Kung‑Fu” s'est popularisé.
Ce n'est quand même pas une raison pour se laisser mystifier et continuer de croire que L'Art de la Main concerne principalement l'usage de la main fermé dans une forme de Boxe chinoise.
Le Wu‑Shu est un art complet.
Le “Wushu” (dont les idéogrammes se lisent “Bujutsu” en japonais, littéralement : Art du combat guerrier, martial si vous préférez ce mot) comprend le combat avec toutes les armes naturelles et avec armes. Comme je l'ai dit dans des Chroniques précédentes, sans que cela ait réellement marqué et pourtant c'est gravissime, ce sont les Japonais qui, à partir des années 1600, divisèrent l'Art Martial en Disciplines martiales séparées et qui les sophistiquèrent, n'ayant plus à combattre; le Japon ayant été pacifié par Oda Nobunaga (le Shogun du fameux feuilleton du même nom).
Le Wushu comprend donc le combat par coups avec toutes les armes naturelles, les armes, et il comprend également les strangulations, les poussées (Tue-Shou), les luxations (Chinna) et les projections (Shuaijiao). Les nombreux styles de Wushu ne se sont structurés qu'à partir de l'époque Ming (1368‑1644), lorsque des Maîtres commencèrent à ouvrir des écoles payantes (en plein air ou dans des dojos). De là à penser que la multitudes des styles était destinée à attirer des élèves, il n'y a qu'un pas... que je ne franchirai pas. La lutte chinoise qu'est le Shuai Jiao est, en apparence, assez proche du Judo mais, à mon sens et d'après mon expérience relativement avancée en Judo (pour ceux qui prennent mes Chroniques en marche je rappelle que de suis également 5e Dan Judo et l'un des pionniers français dans cette merveilleuse discipline), beaucoup moins élaborée que le Judo sur le plan des projections. Même les Chinois sont d'accord. D'ailleurs, et ce fut aussi un de mes étonnements, les dojos de Judo sont nombreux en Chine et le Shuai Jiao n'y est considéré que comme une lutte d'opportunité en Wushu. Par contre, à l'inverse, les luxations du Chinna chinois sont beaucoup plus élaborées que celles du Judo et que celles du Jujutsu ou du Aïkido (qui néglige presque totalement les Tueshou, les poussées avec absorptions de force fluides, et c'est une lacune très regrettable dont ont d'ailleurs pris conscience certains styles d'Aiki‑Jutsu et du Jujutsu, en plein renouveau). Voici, je pense, une mise au point claire sur ce qu'est le Chuan (et le Te en japonais, même idéogramme), ainsi que le Kung‑Fu et le “Wushu”.
“Les styles de boxe chinoise sont aussi nombreux que les pièces de monnaie dans la poche du riche marchand.”
Wushu Media Duo
(Pensée extraite du Dictionnaire des Arts Martiaux chinois de Dufresne et Nguyen, décrivant plus de 350 boxes chinoises, aux Éditions Budostore)
Karate Bushido n° 274 - 12/99
Adaptation, intuition et créativité vous aideront à survivre.
Croyez moi, ce que disent les Grands Maîtres peut devenir pour vous une incroyable source de recherches passionnantes et d'évolution personnelle.
Avant de “secouer le cocotier” (allusion faite à une tradition tribale qui, paraît-il, consistait à faire grimper les anciens à un cocotier et à secouer ce dernier... l'ancien qui tombait n'avait plus droit au respect, dur-dur!), je mets en garde les pratiquants qui voudraient aborder directement l'Art Martial authentique en faisant l'impasse avec les “Arts Martiaux modernisés”. Ces derniers vous seront nécessaires pour aller “plus haut”, ne serait-ce que pour connaître les pièges d'illusion où sont tombés ceux qui en sont restés au niveau “primaire”. Pour reprendre l'image des études scolaires, il est évident que l'on ne peut aborder le niveau universitaire sans être passé par le primaire et le secondaire. Simple logique. Mais, je ne sais plus qui a dit que “la logique est la chose la plus mal partagée au monde”.
N'abandonnez surtout pas les “Arts Martiaux modernisés” (ni votre Dojo, ni votre Sensei ou votre Sifu). Vous avez besoin de partenaires et, je me répète, ce sera la seule façon de savoir les erreurs que font les autres (par rapport à l'Arts Martial de combat réel). En outre, parce que j'ai dépassé le stade des “chapelles”, je peux vous affirmer qu'aux niveaux primaires (les Kyu) et secondaires (les Dan), tous les styles sont valables.
Mais il vous faut bien comprendre qu'ils ne concernent que le “Rituel”, le duel “fair play” (sans intention de tuer ni même de blesser grièvement) entre UN homme contre UN autre homme, avec pour but de désigner lequel est “le meilleur” (le “dominant” sur le plan animal). Or, dans la vie quotidienne, un Homme digne de ce nom se doit d'augmenter ses chances d'imposer sa supériorité en cas de conflit Rituel. Ceci n'est pas négligeable. Néanmoins, il ne doit pas être bien difficile de prendre conscience que lorsqu'un “adepte” habitué aux assauts conventionnels, “fair-play”, s'entraîne à un “Art Martial modernisé”, et même à un Sport de combat (tel que la Boxe), il devient vulnérable s'il est attaqué par des agresseurs “expérimentés” prêts à tuer. Il est évident que ce “budoka” n'est pas “armé” pour SURVIVRE, vu que le combat devient alors identique au combat à mort tel qu'il se déroulait sur tous les champs de bataille du monde.
A ce stade de ma Chronique, pour que vous soyez en mesure de comprendre la profondeur de ce que vont dire les Grands Maîtres, il me paraît indispensable de faire quelques mises au point historiques, à commencer par le mot “Art Martial”, source première du malentendu en Occident.
En Occident, “Art du combat guerrier” (Bujutsu en japonais et Wushu en chinois) a été détourné par “Art Martial”. Le mot serait venu des États-Unis et nous l'avons adopté vers les années 60.
Probablement dans un but de propagande bien compréhensible (business is business), “on” a utilisé l'aura de l'efficacité “sublime” des Arts Martiaux de combat guerrier réel des Samouraïs pour populariser les “Sports de combat inspirés des arts de guerre anciens”. Ce que n'avait pas fait l'Extrême-Orient et qu'il ne fait toujours pas.
Pour promouvoir les “Arts Martiaux modernisés”, l'Occident a pris comme tremplin, à partir de 1900, l'énorme retentissement qui suivit la publication du livre “Bushido” du romancier japonais Nitobé (des millions d'exemplaires, traduit dans toutes les langues), et qui coïncida avec l'apparition du “Kung-fu” durant la révolte des “Boxeurs” en Chine (en 1900 également, contre les Délégations Occidentales, tous les médias occidentaux en parlèrent de façon dithyrambique). Le “Jiu-Jitsu” débuta alors dans les Polices occidentales, puis le “Judo”, grâce aux efforts de Jigoro Kano. Le Kendo, le Aikido et le Karaté (après 1945) suivirent. Pour ce dernier, les démonstrations de casse et les films “soja” attirèrent beaucoup d'adeptes, mais ils favorisèrent l'ancrage de la confusion dans les esprits. “La mayonnaise” prit. Et maintenant, pour pratiquement tous les adeptes occidentaux des “Arts Martiaux modernisés”, et même pour les Budo ayant adopté les catégories de poids (décision on ne peut plus sportive et anti-martiale, une reconnaissance d'infériorité), ce qu'ils pratiquent actuellement sont des “Arts de Guerre authentiques”. Juré craché. On va même jusqu'à prétendre, sans vergogne, qu'ils sont “Traditionnels”, ce qui est bien évidemment totalement inexact.
“C'est pas grave”, comme dit un de mes petits fils, âgé de 4 ans, qui ajoute parfois “mais c'est pas drôle”. Il suffit de rester lucide et d'être bien informé.
Sachez qu'en Extrême-Orient aucun Chinois, ni aucun Japonais, ne fera cette confusion. Pour eux, tout Wushu ou Bujutsu est l'Art du combat guerrier A MORT, et tout “Kung-fu modernisé” ou Budo est un “jeu” préparatoire... juteux. La raison en est simple : les idéogrammes chinois (Kanji en japonais) l'expriment sans ambiguïté. Ils sont aussi clairs, pour eux, que le sont pour nous les panneaux routiers “danger”, “interdit”, “attention école” etc., ou la tête de mort avec deux tibias et la foudre pour “danger de mort” et “danger d'électrocution”.
Pour être plus clair, à Pentrez en juillet 99, j'ai lancé les mots japonais “KAKUTO BU-JUTSU” et “KAKUTO-KARATÉ” (“Kakuto” = combat à mort) en m'inspirant du mot japonais “Kakuto-Bugei”, qui signifie “Les disciplines de combat guerrier réel utilisées sur le champ de bataille”. Et, pour dédramatiser (un car de Police était venu nous observer à la suite d'articles délirants parus dans deux journaux locaux... nous traitant de “tueurs”) j'ai expliqué aux 200 “Chercheurs de Vérité martiale” (40 Styles étaient présents), qu'en fait on devrait dire “Kakuto-ha...”, suivi du nom du Style (“la tendance combat guerrier réel du Style X”), parce que “ha” veut dire “tendance”. C'est ainsi que l'on dit, par exemple, “Karaté-ha-Motobu” : le Karaté “tendance” Motobu (un des rares Maîtres à toujours avoir eu à l'esprit le combat “ultime”). Mais, du Japon, il m'a été confirmé qu'ajouter “Kakuto” à Bu-Jutsu (Art Martial authentique) était un pléonasme aussi étrange que lorsque l'on dit “Art Martial de combat guerrier”, parce qu'un Art de Guerre est forcément ... guerrier, et que forcément l'idéal guerrier est l'art de tuer l'ennemi pour ne pas être tué. Il est vrai que l'Occident n'en est pas à une bourde près. Ainsi on dit maintenant “Judoka” ou “Karatéka”, “Kendoka” etc., même pour un débutant (Kyu), ce qui n'a pas manqué de stupéfier les Japonais les premiers temps, car “Ka” veut dire... “Expert”.
Cette première mise au point étant faite (mais combien d'entre-vous s'en souviendront ?), force est de reconnaître que les techniques et les attitudes typiques à chaque style sont valables... puisqu'elles “fonctionnent” contre un individu “ordinaire” ou en compétition réglementée. Mais, martialement parlant, parce qu'ils sont source de satisfactions positives (surtout pour l'ego) ces “Sports de combat inspirés des Arts Martiaux modernisés” sont ce que l'on appelle des “faux positifs”. Tout comme un “Canada-Dry” (la pub le dit) est un “faux positif” parce qu'il a l'apparence de l'alcool, qu'il a le goût et qu'il pétille comme une boisson alcoolisée... mais n'est pas de l'alcool.
L'ennui c'est que, sur le plan martial ainsi que sur le plan des religions “modernisées”, “un faux positif” est toujours générateur d'utopie et d'opacité. Il entretien l'espérance d'une efficacité et d'un enrichissement intérieur sans efforts et sans risques. Là aussi il ne faut pas se méprendre lorsqu'il est dit “sans efforts”. Il y a effort et effort. Certes, dans les “Sports de combat d'inspiration martiale” on transpire, on se “défonce”, parfois même on souffre, mais ce n'est pas de cet effort là dont on parle. C'est de “la qualité” de l'effort dont il est question.
Les “Sports de combat d'inspiration martiale” peuvent dérouter un “bagarreur normal”, mais ils peuvent devenir un piège d'illusion mortel lorsque les agresseurs décidés à avoir notre peau ne se laissent pas impressionner par nos gardes, nos ronds de jambes et nos... “simagrées” (n'ayons pas peur des mots, tellement certaines actions sont irréalistes et, d'ailleurs, elles sont “singées” dans les films).
“Art Martial” et “Budoka” sont donc des “faux positifs”.
Soyons vigilants et sérieux.
C'est une question de vie ou de mort, physique et mentale.
Bouddha a dit, ou aurait dit :
“La vigilance est le chemin du royaume immortel. La négligence est le chemin qui conduit à la mort. L'homme vigilant ne meurt pas. Le négligent est déjà mort”.
Et Lao-Tseu a dit, ou aurait dit:
“Quand un homme remarquable entend la voie, il s'arrête et l'écoute avec zèle; quand un homme ordinaire entend la voie, il l'écoute et l'oublie en continuant son chemin; quand un homme sot entend la voie, il l'écoute et en rit... mais si le sot n'en riait pas, la voie ne serait pas la voie”.
Pour certains, ces mots peuvent paraître très abstraits, mais pour d'autres ils peuvent aider à une prise de conscience extraordinaire. Après avoir lu ces dernières Chroniques, dans quelle catégorie serez vous : “homme remarquable?”, “homme ordinaire?”, “homme déjà mort?”, ou... “sot?”.
Un dernier mot qui a son importance.
Que ce soit pour votre accomplissement intérieur ou pour la défense de votre vie dans un “moment de vérité”... personne ne pourra le faire pour vous. L'Art Martial de survie (KAKUTO BUJUTSU) est essentiellement une affaire individuelle et privée. Personne ne vous empêche de chercher un modèle en Orient ou en Extrême-Orient, mais en combat réel vous ne pourrez survivre que si vous êtes, VOUS, capable d'intuition, d'adaptation et de créativité.
Votre Style, votre Sensei ou votre Sifu est un tuteur. La plante utilise le tuteur pour s'élever plus haut.. N'espérez pas que le tuteur se courbe vers la plante.
Autre allégorie (Zen), les Styles sont des barques pour traverser “Le fleuve”. Si vous parvenez sur l'autre berge après avoir ramé de toute votre énergie à contre-courant, transporter le barque sur votre dos ne pourra que vous alourdir. C'est sans barque qu'il vous faudra, un jour ou l'autre, affronter la réalité.
LA PENSÉE DU MOIS :
“ Les idées simples sont en fait les plus difficiles à saisir, du fait de la complexité extrême de notre mental ”
Mouravieff