
Avec l'accord d'Henry Plée, une chronique sera mise en ligne régulièrement. Pour ne pas faire double emploi, elle ne fera pas partie de celles contenues dans le livre "Les Chroniques Martiales". Etant donné que tous ceux qui apprécient les Chroniques d'Henry Plée ne possèdent pas obligatoirement l'intégralité de celles-ci, le webmaster espère que cela fera quelques heureux.
Pour répondre à de nombreuses demandes, vous trouverez ICI le lien pour accéder à l'archivage des chroniques déjà mises en ligne.
La Chronique du moment....
Ce mois-ci, nous allons avancer sur le chemin de l’Éveil en découvrant les trois premières étapes (il y en a dix) du Dressage de la vache. Ces allégories, d’inspiration zen, ont pour but de préparer le mental à la perception du message.
Tous les do, issus des jutsu, ont pour but d’éveiller, thème qui était l’objet de mes deux précédentes chroniques. Sans Éveil aucune évolution n’est possible, ni dans la vie, ni en arts martiaux. En effet, il ne suffit pas d’apprendre ou de s’entraîner... il faut aussi appliquer et gagner. L’Éveil a ses étapes et ses niveaux.
Ce processus provient d’une modification mentale, une sorte d’achèvement. Si l’on postule que l’on n’est pas achevé, il faut s’achever soi-même. Achèvement qui donne au pratiquant (initié si vous préférez, mais vous pouvez tout aussi bien dire religieux, philosophe, ou encore artiste martial) des “vues justes”, sans lesquelles la conduite juste, l’effort juste, la méditation juste, ne pourraient avoir lieu pour faire la chose juste au moment juste, la méditation juste avec la personne juste.
Cela consiste donc à anticiper et à accomplir dans l’instant la chose juste au lieu de se dire quelques mois plus tard: “C’est ça que j’aurais dû faire ou dire, et tout se serait bien passé”. Beau et vaste programme, non?
Il existe de nombreuses allégories, écrites ou dessinées, dont le but est de préparer le mental à la perception du message. Les plus connues concernant le chemin de l’Éveil sont le Dressage de la vache (au Japon), le Dressage du cheval (dans la tradition taoïste et non pas au Texas... ), le Dressage de l’éléphant (dans la tradition bouddhiste tibétaine), à chaque fois en dix ou en vingt étapes.
Celle qui est généralement adoptée par le zen et d’autres “centres de sagesse”, est donc appelée les Dix étapes de la vache, ou encore le Dressage de la vache, ou encore bien sûr, les Dix Étapes du dressage de la vache.
Il y a de nombreuses versions de ces Dix Étapes de la vache, surtout dans les textes d’accompagnement. Là aussi, il est drôle de voir combien de prétendus sages s’empressent de commenter des illustrations qui, précisément, doivent tout toucher sauf l’intellect.
Comme je suis bête et discipliné, je vais vous donner, en trois chroniques, les Dix Étapes de la vache et les textes d’accompagnement. Ils sont à tendance zen, et puisque le zen plaît, utilisons-le.
Le zen est né à l’ouest de l’Inde, puis il s’est développé en Inde, passant en Chine où il n’a d’ailleurs pas pris, puis s’est développé au Japon alors qu’il disparaissait en Inde et en Chine. Actuellement, il y a plus de maîtres zen en Occident qu’au Japon, où il est en perte de vitesse. Ce qui ne signifie pas qu’il n’a pas d’intérêt, bien évidemment. C’est juste une question de mode.
À propos des Dix Étapes du dressage de la vache, je me suis souvent demandé, dans ma jeunesse, pourquoi la vache et non pas le bœuf, le taureau, le cochon bleu ou bien l’éléphant rose. En zen, il est probablement question de la vache, parce qu’elle est sacrée en Inde et que le bouddhisme est né dans ce pays, tout comme le zen.
Zen est le mot japonais, chan le mot chinois et dhyana le mot sanskrit. Soit également dit en passant, le sanskrit est la langue des mystérieux indo-européens, dont nous sommes issus, sortis d’on ne sait où (Asie centrale? Pôle nord?) et qui envahirent l’Europe et une partie de l’Asie (Inde comprise), il y a environ trois mille ans. C’est pourquoi toutes les langues d’Europe ont les mêmes racines que le sanskrit, sauf le basque et le hongrois, paraît-il. Deux langues dont les origines sont mystérieuses, alors que la langue gallique serait quand même indo-européenne.
Ils n’ont pas fait connaissance, il n’est pas encore son maître.
Sa tête majestueuse est coiffée de cornes splendides. Elle est sauvage, violente, indomptée. Le ciel semble hostile, comme elle. Comment maîtriser cette bête magnifique et dangereuse ? Pourtant, l’homme désire de toute son âme la capturer. Alors, il ruse avec elle, utilisant son avidité. Il lui offre son herbe préférée pour vaincre sa méfiance ; mais il cache la corde avec laquelle il l’attachera. Il prépare aussi le jonc qui réprimera ses écarts.
L’animal, comme le nuage orageux, est chargé d’une énergie obscure; il est noir de la tête à la queue. Qu’est donc cette puissance déchaînée ?
Le début de la maîtrise.
L’homme a établi le contact avec l’animal. Il a pu passer une corde dans ses naseaux. Il brandit le jonc, le menaçant pour se faire obéir. Il ne doit plus relâcher sa contrainte. La bête, maintenant, doit se soumettre. Les nuées orageuses ont disparu, la nature semble s’apaiser, cependant le ciel est encore gris. Bien qu’elle se débatte, elle sent déjà que, bon gré, mal gré, elle suivra l’homme. Sa farouche et sombre énergie cède à une sensation nouvelle. Cette sensation subtile vient de l’homme. Elle pénètre la vache par le lien qui la relie à lui. Son museau noir s’éclaircit. Quelle est cette tache blanche ?
L’homme a obtenu sa soumission.
Maintenant la vache commence à le suivre, mais avec quelle réticence! Il ne tire plus sur la corde, le jonc repose sur son épaule. La vache ne tourne pas encore son regard vers lui. Ses reins creusés trahissent sa peur et ses désirs d’évasion. L’homme doit demeurer attentif. Elle subit son ascendant mais à la moindre défaillance, elle s’enfuira. Pourtant ce début de soumission a humanisé son intelligence animale. Sa tête entière s’est éclaircie. Le soleil, encore rouge, apparaît entre les nuages. Pourquoi la nature et la vache s’apaisent-elles ensemble?
LA PENSÉE DU MOIS :
En ignorant le passé, on oublie comment sont nées les idées et l’on perd l’esprit de créativité...